Le Joker est plus qu’un ennemi récurrent de Batman : son passé varie selon la personne qui le raconte et selon ce que chaque époque attend d’une bande dessinée. L’absence de biographie stable n’est pas une lacune que les comics doivent combler. Au fil du temps, les récits ont fait de cette incertitude l’un des traits du personnage.
Les débuts d’un meurtrier
Le Joker apparaît dans Batman n° 1, publié en 1940. Dans ses premières histoires, c’est un criminel meurtrier qui annonce ses crimes et laisse un sourire grotesque sur le visage de ses victimes. Sa mort fut envisagée lors d’une apparition précoce, mais le rédacteur en chef Whitney Ellsworth préféra le maintenir en vie. Ses retours l’établirent comme l’un des adversaires récurrents de Batman.
Dès le départ, son identité reposait moins sur une biographie détaillée que sur une présence théâtrale et menaçante. Cette combinaison lui a permis de changer de rôle sans devenir méconnaissable. Au cours des décennies suivantes, le ton éditorial des aventures de Batman a lui aussi évolué.
De la menace au plaisantin
Dans les années 1950 et 1960, les histoires de Batman s’adressent davantage aux jeunes lecteurs et s’éloignent d’une partie de la violence des périodes précédentes. Le Joker devient un voleur excentrique, associé aux pièges et aux plaisanteries, plutôt que le meurtrier de ses premières apparitions. La série télévisée de 1966, avec Cesar Romero, popularise ce versant comique et absurde.
Il ne s’agit pas seulement d’un changement de personnalité. Le type de conflit que les histoires peuvent développer change également : le plaisantin convient à la comédie épisodique, tandis que le meurtrier fait peser sur Batman une menace physique et morale plus grave. La version télévisée a exercé une influence notable, même si l’évolution du personnage dans les comics dépend aussi de choix éditoriaux propres à ceux-ci.
Le retour de la menace
En 1973, Dennis O’Neil et Neal Adams réintroduisent le Joker meurtrier dans « The Joker’s Five-Way Revenge », publié dans Batman n° 251. Le personnage redevient impulsif et dangereux, et les récits exploitent davantage la tension entre violence et humour. Il ne s’agit pas simplement de révéler un passé caché : le Joker peut réinventer son comportement et le ton de ses apparitions.
La période de Steve Englehart et Marshall Rogers dans Detective Comics, notamment « The Laughing Fish » et « The Sign of the Joker » (1977–1978), poursuit dans cette voie. Le projet de faire porter le sourire du Joker aux poissons de Gotham transforme un crime en une idée absurde, mais également menaçante. L’humour n’annule pas la violence ; il participe à la mise en scène du personnage.
Deux récits d’origine, aucune réponse définitive
Detective Comics n° 168 (1951) est le premier récit à relier le Joker à Red Hood. Un criminel qui tente d’échapper à Batman tombe dans une cuve de produits chimiques et se retrouve défiguré. Des décennies plus tard, Alan Moore et Brian Bolland reprennent ce canevas dans The Killing Joke (1988) : le protagoniste aurait été un aspirant comique qui accepte de participer à un braquage et finit exposé à des produits chimiques.
Mais The Killing Joke présente ce passé comme une possibilité, pas comme une explication concluante. Le Joker lui-même reconnaît que ses souvenirs varient et dit préférer un passé « à choix multiples ». Cette formule résume un choix narratif : si une seule version fixait son identité, le mystère disparaîtrait et le personnage se réduirait à une suite de causes. En laissant le récit dans le doute, l’œuvre fait de son origine une partie du conflit, non une fiche biographique qui le résout.
Le récit invite à envisager une transformation tragique, sans garantir qu’il s’agit d’une version objective des faits. Le narrateur est le Joker, dont la fiabilité reste incertaine. L’explication peut ainsi éclairer le personnage sans clore la question de celui qu’il était avant de devenir lui-même.
La circulation modifie aussi la lecture
L’histoire éditoriale du Joker montre comment les conditions de publication façonnent les types de récits proposés aux lecteurs. Les restrictions de ton et de violence associées à la Comics Code Authority coïncident avec sa transformation en plaisantin ; la révision d’O’Neil et Adams dans les années 1970 ramène une figure meurtrière sur la page. Dans les deux cas, ce n’est pas seulement le comportement du personnage qui change, mais aussi le type d’histoire attendu : comédie de pièges ou suspense criminel.
Les traductions ajoutent une autre dimension à cette circulation. Dans les éditions latino-américaines d’Editorial Novaro, il apparaît sous les noms « Comodín » ou « Arlequín », tandis que « Guasón » se diffuse avec la version mexicaine de la série télévisée de 1966. Ces noms ne changent pas à eux seuls le personnage, mais montrent que son identité imprimée dépend aussi de choix éditoriaux et des marchés auxquels ses histoires parviennent.
Un mystère qui continue de produire des histoires
Le parcours du meurtrier de 1940 au plaisantin du milieu du siècle, puis à l’antagoniste renouvelé des années 1970, ne débouche pas sur une version définitive. Detective Comics n° 168 propose une première explication ; The Killing Joke la transforme en hypothèse dramatique tout en mettant en doute sa certitude. D’autres récits ont proposé des variantes sans faire disparaître la fonction du mystère.
Cette indétermination permet à chaque histoire de mettre en avant un aspect différent : la théâtralité, la violence, l’humour ou la rivalité avec Batman. Elle maintient aussi une tension féconde pour le lecteur : ne pas savoir qui était le Joker avant de devenir le Joker fait partie de la manière dont les comics le présentent. Au lieu de clore son passé, les récits laissent ouverte une question qui peut nourrir de nouvelles interprétations.
- Décennie
- Années 1980
- Région
- Amérique du Nord
- Niveau
- Passionné
- Entités
- Joker, The Joker
Sources et références
- EL NEBULOSO ORIGEN DEL GUASÓNdca.gob.gt · 2026-11-06
- Joker (personaje) - Wikipedia, la enciclopedia libre - Joker (personaje)es.wikipedia.org · 2026-11-06
- 5 historias de origen del Jokerlatam.ign.com · 2026-11-06
- Joaquin Phoenix como villano de Gotham: Los múltiples orígenes del Jokeres.ign.com · 2026-11-06
- Diferencia entre revisiones de «Joker (personaje)» - Wikipedia, la enciclopedia libre - Alias | Príncipe Payaso del Crimen, As de bandidos, Arlequín del odio, Capucha Roja I, Mres.wikipedia.org · 2026-11-06